mercredi 9 mai 2018

2/ Premier Chapitre - Mon Enfance

 Premier Chapitre
MON ENFANCE



(Photo:  Maman et papa lors de leur mariage en 1936)


Je me nomme Guy. Je suis né à Amsterdam,le 17 septembre 1937. Mes parents étaient des gens comme il y en à des "centaines de millions" de par le monde, issus de familles "modestes".

Maman était Belge, Wallonne, de son nom : Denise.
Elle avait fait des études de "Infirmière-Accoucheuse" à la "Fondation Lambert" à Bruxelles. Quelques années après avoir obtenu son diplôme, elle rencontra Willy, qui allait devenir son époux, et mon père. 

Ils s'étaient rencontrés accidentellement à la "Foire  du Midi" de Bruxelles en 1936. Maman avait été prise d'un malaise, une syncope, et elle était tombée dans les bras (littéralement) de celui qui allait devenir son futur époux. Je me demande si c'était la vue d'un carrousel qui tournait, ou la vue de l'homme (mon père) qui l'avait fait tourner de l'oeil ...  

Maman, à cette époque ne parlait que très peu le Néerlandais, pour ne pas dire pas du tout, et papa, à part quelques mots, ne parlait pas le Français. Le problème n'était pas mince : comment parler "d'amour" dans des circonstances pareilles! 

Cependant, les adresses furent échangées et il ne fallut pas longtemps pour que les lettres commencèrent à arriver. Heureusement que le frère de papa, qui lui parlait couramment le Français, traduisit et rédigeait les lettres de, et pour maman.

Toujours est-il qu'ils se marièrent et allèrent s'établir à Amsterdam.

De cette union je fus le premier "fruit", si j'ose dire. Déjà à ce moment là il à fallu que je fasse les choses différemment des autres. Pour commencer je suis né prématurément: à 7 mois ! Apparemment je ne pesais que 900 grs. (on aurait peine à le croire en me voyant aujourd'hui). On m'avait emmené de toute urgence à l'hôpital, chaudement emballé ! Arrivé à l'hôpital, les médecins avaient découvert que j'avais contracté une double pneumonie. A cette époque, et à sept mois, cela n'offrait pas beaucoup de perspectives de survie. On m'avait raconté beaucoup plus tard, qu'apparemment, notre médecin de famille, avait froidement déclaré, que, soit, j'étais un "oiseau pour le chat", soit, je deviendrai un fort et grand "gaillard". (Apparemment j'avais de "grands" pieds, chose qui ne trompe pas, paraît-il !)  Heureusement pour moi, c'est la seconde "option" qui à prévalu. (Du moins en ce qui concerne la taille, car fort je ne l'ai jamais été)


(Ci-dessous, des photos de mes Grands-Parents paternels : Grootmoeder et Grootvader)
 Nous habitions un appartement sur la Ceintuurbaan 332, dans l'immeuble jouxtant celle de mes grands-parents paternels, "Grootmoeder et Grootvader" ... Le bâtiment n'existe plus, celui-ci ayant été démoli dans les années 1990 ...
Par la suite cela s'était avéré être une très mauvaise idée. Grootmoeder avait la fâcheuse manie de vouloir s'immiscer dans les affaires du "jeune" couple, qu'étaient mes parents et elle prétendait donner des leçons à maman comment élever les enfants. Evidemment, cela était plutôt malvenu : Les enfants, c'était justement la spécialité de maman.
D'après ce que maman m'avait dit étant bébé, j'avais des jolies boucles, que maman brossait amoureusement tous les jours. Un jour maman et papa ont du s'absenter quelques jours et ils m'avaient laissé sous la garde de Grootmoeder. Celle-ci avait trouvé que mes cheveux étaient trop "fins" et soyeux pour un garçon, et elle m'avait rasé le crâne, afin que mes cheveux repoussent plus forts et plus drus ! (Remède de "bonne" femme !) Bien entendu, lorsque mes parents revinrent une semaine plus tard, ce fut un choc pour eux, et une dispute s'en suivit inévitablement...
C'est alors que que mes parents décidèrent de chercher un autre appartement, loin de mes grands-parents. Ils en trouvèrent un sur le Admiralengracht (Amsterdam-West) .. J'avais alors 2 ans. Lorsque mes cheveux avaient repoussé, ils étaient toujours aussi fins et soyeux. Mais les boucles, elles, avaient disparu ! Maman en était toute désolée !
(Ci-dessous, des photos de mes Grands-Parents maternels : Bonne maman et Bon papa)
  
A cette époque, maman et papa aimaient faire des randonnées en "Tandem". On m'installait sur un petit siège qui était monté sur le cadre de l'engin. J'avais la "meilleure" place et je pouvais tout voir sans être gêné par quoi que ce soit. Il paraît que j'adorais ces excursions ! (Les voyages forment la jeunesse). C'étaient des temps insouciants pour le gosse que j'étais.
 
Dans l'appartement à côté du notre habitait un autre petit garçon, Rudi Ijzerdraat. Il ne m'avait pas fallu bien longtemps pour que nous devenions amis (déjà ?). Mes parents s'étaient liés d'amitié avec les parents de Rudi ... Nous étions devenus inséparables, il venait jouer chez moi, et moi j'allais jouer chez lui ...
  
Entretemps la guerre avait éclaté. Je ne m'en souviens pas grand-chose, du moins des premières années. C'est des dernières années de guerre que j'ai quelques souvenirs.
 

En 1943, j'avais donc 6 ans, nous avions de nouveau déménagé, vers un tout nouveau quartier, Amsterdam-Zuid, à la limite de la ville. Papa avait trouvé un "Rez de Chaussée" sur la Rivierenlaan au N° 92. (Aujourd'hui cette avenue s'appelle "President Kennedy laan")
Les souvenirs de cette époque sont déjà un peu plus précis. L'appartement était composé d'un grand "living" avec une loggia, 2 chambres, une cuisine et une salle d'eau. Toutes les pièces donnaient sur un Hall central et un couloir vers la porte d'entrée. Je me souviens qu'à mi-chemin de ce couloir il y avait une porte vitrée, que papa appelait un "tochtdeur" (pour empêcher les courants d'air). A l'arrière il y avait un jardinet et une remise. Depuis le living on avait un vue dégagée sur un terrain vague, un Parc, le fleuve "Amstel" et sur la campagne. Il y avait un "Château d'Eau" et un énorme "Gazomètre" tous deux sur l'autre rive de l'Amstel. De tout cela, il ne subsiste aujourd'hui que le "Château d'Eau et un joli pont levis. Le gazomètre à disparu.
Le terrain vague était sablonneux, et j'y ai passé de nombreuses heures à m'y amuser à y construire des "châteaux de sable" ... Ah, belle innocence de l'enfance ...
Ce ne fut pas long avant que je m'étais fait de petits copains. Il y en avait qui étaient très gentils, et d'autres qui étaient de "sales garnements" qui me cherchaient toujours "noise" et qui profitaient de ma "fragilité". Je n'étais pas fort comme un "Turc", ce qui me valut de devenir très vite leur "tête" de la même nationalité. Je préférais donc jouer seul dans mon coin, en face de la maison, ou je pouvais appeler à l'aide de maman, le cas échéant !
Photos ci-dessous: Avec papa devant notre appartement en 1943 ... La grosse maison qu'on aperçoit au fond, hébergeait la "Kommandantur" et la Gestapo .... Brrr !

 Les temps étaient devenus très difficiles pour la population. La nourriture devenait  de plus en plus difficile à trouver, et le "marché noir" florissait. Je me souviens surtout de l'hiver 1944/45. Alors que la Belgique et le sud des Pays-Bas avaient déjà été libérés, le Nord et l'Est de la Hollande étaient toujours sous la "botte" Nazie. En fait l'offensive des alliés avait été stoppée net après l'échec de l'opération "Market Garden" avec le fiasco d'Arnhem (plus tard on en avait tiré un film : "Un Pont Trop Loin"). La population avaient appris que les alliés fonçaient vers le Nord et vers Amsterdam, et que ce ne serait plus qu'une question d'heures avant que les troupes Canadiennes entrent dans Amsterdam. La population avait déjà commencé a pavoiser, les drapeaux tricolores ets les bannières orange, fleurissaient déjà aux fenêtres et sur les façades des maisons ... Mal leur (nous) en à pris ! Après que l'offensive eût été stoppée, les Nazis sont revenus. La population à du payer un très lourd tribut.
Les Nazis nous avaient, en guise de représailles, coupé les vivres. Comme toute nourriture nous avions droit à un betterave sucrière par personne et par semaine. Il nous a fallu manger cela cru, car l'occupant avait coupé le Gaz et l'Electricité. Impossible de se chauffer convenablement, car il n'y avait plus de charbon et l'hiver s'annonçait particulièrement rigoureux. On se chauffait avec tout ce qui pouvait brûler. Chez nous la balustrade de la terrasse avait été sacrifiée et réduite en bois de chauffage. Les arbres d'alignement dans les rues disparaissaient, comme par enchantement. Les gens prenaient de très gros risques, car l'abattage, défendu, se faisait la nuit, durant le couvre-feu !
Pas bien loin de chez nous, il y avait un petit bois, comptant une bonne trentaine d'arbres. En une nuit ce bois avait été rasé.
 
Entre les rails du tram, il y avait de blocs de bois goudronnés, en guise de pavés.
Eux aussi disparaissaient, cela faisait un excellent combustible, qui brûlait bien et longtemps tout en donnant un forte chaleur. Cela encrassait les cheminées, mais de cela on se fichait pas mal.
Pour trouver de quoi manger, les gens s'en allaient dans les campagnes, frapper aux portes des agriculteurs, afin d'essayer d'acheter quelque nourriture. Ils faisaient du troc, en payant avec des bijoux, ou de l'argenterie, avec le peu de choses de valeur qu'ils possédaient.
Maman aussi était partie comme cela, avec une vieille voiture d'enfant, afin de faciliter le transport du peu qu'elle pouvait obtenir.  Elle était revenue deux semaines plus tard avec un peu de beurre, du lard, quelques œufs et un sac de blé. Cela lui avait coûté bien plus cher qu'il ne fallait. Les paysans profitaient de la situation pour demander des prix exorbitants, et ainsi de s'enrichir. Comme quoi, il y à toujours des personnes sans scrupules, pour s'enrichir sur le compte des pauvres malheureux qui mourraient de faim !
Maman avait eu énormément de chance, car beaucoup de personnes qui s'étaient ravitaillés de la sorte, furent stoppées par les Nazis. Tout ce qu'il possédaient était immédiatement confisqué par les troupes. Surtout par les "SS".
Papa en avait fait l'expérience: Il avait obtenu auprès d'un fermier, en échange d'un tableau de maître, un sac de 25 kg de pommes de terre. Il avait chargé le sac sur le cadre de son vélo. A une centaine de mètres de chez nous, à l'angle de la Rivierenlaan et de la Vechtstraat, il s'était fait intercepter par une patrouille. Tout lui fut confisqué, y compris son vélo. Il eût malgré cela de la chance qu'il s'était agit d'une patrouille de la Wehrmacht, car si cela
avaient été des "SS", il y aurait eu fort à parier que papa aurait été emmené à la Kommandantur. Et tout le monde savait que quand on y entrait, on n'était jamais sur quand on en sortirait. 
 
La neige s'était mise à tomber dès la mi-novembre et les températures étaient très basses, pour la saison: on était toujours en automne ! Je me rappelle qu'à la Noël, il gelait à "pierre fendre". Cette situation à duré jusqu'en mars 1945, ce fut un très long hiver.
Avec le froid intense, les conduites d'eau avaient éclatés. Le réseau d'égouttage était en mauvais état, en bien souvent hors d'usage; soit endommagé, soit tout simplement bouché. Les services publics ne fonctionnaient plus depuis belle lurette. Les eaux "usées" et autres matières immondes débordaient dans les rues. Les maladies commençaient à se répandre dans la ville. Bronchites, Pneumonies et la Dysenterie. J'ai vu des gens qui mourraient à même le trottoir.
Triste spectacle pour un enfant de sept ans !
Enfin, l'hiver toucha à sa fin. Les alliés avaient repris leur avance et les troupes Allemandes commencèrent à se replier vers l'est et le nord. L'aviation alliée avait commencé à larguer de la nourriture, afin de venir à l'aide de la population affamée. Je ne pesais pas bien lourd : j'avais la peau sur les os, maman et papa n'étaient guère mieux lotis, sinon pire encore. En effet le peu qu'il y avait à manger, maman le réservait pour moi.

Le 5 mai 1945, les alliés sont entrés dans Amsterdam. J'avais sept ans et huit mois ! Quelle fête cela fut ! La gens dansaient, pavoisaient, s'embrassaient ! Nos libérateurs reçurent un accueil triomphal. Mes parents firent la connaissance de deux soldats Canadiens : Brian et Georges ... Georges était Québécois, et maman pouvait donc lui parler en Français.  Quand ils venaient à la maison, ils nous apportaient du ravitaillement : Nourriture, friandises (je n'avais plus aucune souvenance à quoi ressemblait une orange, ni du goût du chocolat), des cigarettes pour papa, etc. ... Et lorsqu'il passaient et qu'il n'y avait personne à ma maison, nourriture et cadeaux passaient par la boîte aux lettres, en tous cas, tout ce qui pouvait passer. Maman avait parfois difficile à pousser la porte en entrant, c'est dire !
La fête à duré quelques semaines, mais ensuite il à fallu que la vie reprenne un semblant de normalité. Ce ne fut pas une tâche facile, il fallait reconstruire, tout réorganiser. Les Nazis, dans leur débâcle, avaient, soit emporté avec eux leur butin, soit détruit ce qu'ils ne pouvaient emporter avec eux !
Moi, pour ma part, il fallait que je retourne à l'école, chez les frères. Je n'ai jamais été un élève brillant. Trop fragile, j'étais souvent malade. J'enchaînais les bronchites aigues. Le enfants de ma classe me trouvaient "bizarre". Comme en outre j'étais du "genre rêveur", cela me valu d'être souvent puni, par les frères. Bien entendu cela ne manqua pas d'accentuer ma position, peu enviable, de "Tête de Turc" auprès de mes "compagnons" de classe.
Déjà à cette époque j'étais "parfait" bilingue, Français/Néerlandais. Résultat j'étais catalogué par les élèves dans ma classe de "Péteux", de fils à papa (ce que je n'étais pas du tout, loin de là).  Je reçus des coups et des insultes de toutes sortes. Je ne compte plus le nombre de fois que je changeais l'itinéraire pour aller et revenir de l'école, afin d'éviter de rencontrer mes tortionnaires.
Je me disais, qu'en définitive, tous les "Nazis" n'étaient pas encore partis ! 
Pour finir, j'arrivais à l'école "systématiquement" en retard, unique moyen de ne rencontrer personne qui soit susceptible de me "tabasser" !
Bien entendu cela ne solutionna rien, si ce n'est que de m'attirer les foudres des profs. Je n'osais pas leur dire la raison de mes retard, de peur de me faire traiter de "mouchard" par mes tortionnaires. Mes résultats en classe ne tardèrent pas à en souffrir. J'ai du "doubler" à deux reprises, ce qui m'avait attiré  les "foudres" parentales. Les punitions que je recevais en classe ne suffisaient pas : à la maison aussi j'étais puni.  Maman et papa ignoraient tout de ce que je subissais de la part de ceux que je nommerai certainement pas mes "camarades" ! Si j'avais soufflé mot de ce qui se passait à l'école, connaissant mes parents, ils auraient directement contacté les supérieurs de l'école en leur informer de ce qu'on m'infligeait. Je n'ose pas imaginer quels auraient été les conséquences !
Bref, cette partie de ma vie ne fut pas des plus enviables.
Heureusement, j'avais quand-même un grand ami, Erwin Horwitz, qui prenait toujours ma défense. Je suis d'ailleurs toujours en rapport avec lui de nos jours. Il à mon âge. Il à, connu une grande tragédie dans son enfance.
Son papa, était un Juif Hollandais qui avait épousé une Bavaroise, Catholique. Les parents d'Erwin avaient vu arriver les menaces qui s'amoncelaient en Allemagne. Tôt, avant que la guerre n'éclate, ils avaient fait baptiser et élever Erwin dans la religion Catholique. C'est ce qui le sauva de la déportation. Le papa d'Erwin qui en outre, était dans la résistance, fut arrêté, déporté en Camp de Concentration. Il mourut, comme des milliers de coreligionnaires à Auschwitz.
Nous étions de vrais amis, et nous étions constamment l'un chez l'autre. J'aimais bien sa maman aussi.
Erwin et moi, nous fréquentions la même école Catholique, Saint Thomas d'Aquin, chez les frères Maristes. Aujourd'hui cette école à cessé d'exister; ainsi que l'église. Toutes deux démolies pour faire place à des immeubles à appartements.
Nous avions fait notre Communion Solennelle ensemble. Nous fréquentions aussi la troupe scoute locale, St. Tarcisius
C'est également à cette époque que je commençais à passer mes "grandes" vacances chez mes Grands-parents à Jemappes en Belgique. Plus tard après le décès de Bonne-maman, je passais ces vacances chez ma tante Alice. Son mari, l'oncle Léopold, était machiniste (mécanicien pour les amis Français) auprès de la "SNCB". Il conduisit de belles locomotives à vapeur. Je me rappelle de toutes les histoires de "guerre du Rail" qu'il me racontait. A faire se "dresser les cheveux" sur la tête !
Je pense bien, que mon "amour" pour les trains j'ai du l'hériter de lui. Je pouvais passer des heures à observer les trains à la Gare de Jemappes. J'avais découvert qu'il y avait une gare de triage entre Jemappes et Quaregnon, aussi je me postais souvent au "Passage à Niveau" du "Bloc 25". Là je pouvais observer les "va et vient" de la locomotive de manœuvres, une "Type 53". Elle lançait les wagons de toutes sortes sur le "triage" ... Pour moi, le spectacle était fascinant.
Bref, ce furent des vacances inoubliables. Je m'y refaisais une "santé" et quand je rentrais à Amsterdam, j'avais repris de "belles couleurs" et du poids. En outre j'étais complètement rhabillé, de la tête aux pieds ... Une année j'avais reçu un nouveau costume, avec des pantalons "Golf" (comme Tintin) ainsi qu'un "béret Basque" ... Jusqu'alors j'avais toujours porté des culottes courtes. Les pantalons "Golf" étaient à la mode en Belgique, mais en Hollande ... c'était du jamais vu !

Résultat ? Un sujet de moquerie de plus a l'inventaire de mes tortionnaires !!!
1948.  Un nouvel évènement vint bouleverser ma petite vie: La naissance de ma sœur, Nadine. Cela vint comme un choc pour moi. J'avais près de 11 ans, et voilà que j'avais une "rivale". Toute l'attention de maman et papa s'était tournée vers elle. Ce qui est tout à fait logique. Mais, quand on à 11 ans on ne raisonne pas ainsi. J'étais tout simplement jaloux !
Il ne fallut pas longtemps, avant que je ne fusse "bombardé" baby-sitter, promotion dont je me serais bien volontiers passé. Les parents organisaient fréquemment des petites soirées, soit chez nous, soit chez des voisins amis, les Gits où les Thorn ... La suite se laisse facilement deviner : Guy était de la "revue" ! Ce n'était pas une partie de plaisir. Nadine pleurait souvent, et je ne savais pas comment m'y prendre pour la calmer. Sur le moment cela n'améliora pas mes sentiments vis-à-vis d'elle.  Et pourtant, quand j'y pense, elle adorait son grand "frérot" ... Plus tard elle prenait toujours ma défense ! "Ne punis pas mon frère, Maman"
 Nous nous aimons bien, tous les deux, énormément ! Honnêtement, je ne sais pas ce que je ferais sans elle !
Le temps avait passé, et nous voici déjà en 1950. Erwin et moi, nous avions chacun reçu un vélo pour notre Saint Nicolas. Un de ces "curieux" hauts vélos Hollandais, sans dérailleur, et équipé avec un "moyeu" torpédo. (Les Anglais les appellent "Sit-up and Beg" bikes). Pour freiner, il fallait pédaler à l'envers. Nous allions souvent nous balader, Erwin et moi. On allait un peu partout dans les environs d'Amsterdam.
Un jour il nous avait pris l'idée d'aller à Zandvoort, la plage favorite des "Amstellodamois". A cette occasion nous avions été sérieusement "tutoyés" par nos parents. Nous n'avions pas dit où nous allions, et nous étions rentrés fort tard, on avait tout bonnement oublié l'heure. La nuit commençait à tomber, et nous étions en juin ! C'est dire ... nos parents étaient "morts" d'inquiétude.
En 1951, j'avais changé d'école. J'étais passé aux études "moyennes" et je fréquentais, l'école "Saint Louis", dans le "Centre d'Amsterdam" dans la Spuistraat.
Pour y aller je devais prendre le tram. Du coup finies les rencontres "malencontreuses" avec mes tortionnaires ... A mon tour d'être "libéré" (ma "guerre" avait continué pendant 6 ans !) Par la suite, je me rendais à l'école en vélo. Au début maman n'aimait pas trop que j'aille dans le centre d'Amsterdam en vélo ! Elle craignait que j'aie un accident, mais par la suite quand elle vit que tout allait bien, elle n'y faisait plus d'objection ... j'étais prudent !
Erwin quand à lui fréquentait une autre école, mais cela ne nous empêchait pas de nous voir, grâce aux scouts et les randonnées à vélo.
Mais, la séparation n'allait pas tarder. En effet, les affaires de papa périclitèrent. Les dettes s'accumulaient, aussi mes parents avaient décidé de quitter la Hollande pour venir s'établir en Belgique, et de recommencer à zéro. Bien entendu je n'en savais rien, car ils ne m'en avaient jamais parlé.
Les vacances scolaires de 1952 arrivèrent, et comme de coutume, on m'expédia à Jemappes, chez la tante Alice. Rien de bien extraordinaire, donc. Sauf que, lorsque la fin du mois d'août approcha, aucune préparation ne fut prise pour me réexpédier à Amsterdam.  Lorsque je demandais le pourquoi, on m'avait répondu que j'allais rester en Belgique, que nous allions vivre à Bruxelles.
Patatras !  Quelle catastrophe. Je m'étais déjà réjoui de retrouver Erwin et mes petites possession, restées à Amsterdam. Mon vélo, mes "bouquins", mes collections de toutes sortes, les scouts, nos balades, etc. ...
En fait, l'entreprise de papa avait fait faillite et toutes nos possessions, y comprises les miennes, avaient été saisies, afin de payer les dettes qui s'étaient accumulées.  Pour moi, plus grave encore que la perte de mon vélo et mes livres, il y avait Erwin, à qui je n'avais pas pu faire mes adieux !
Je changeais donc de pays, en même temps que s'achevait mon enfance. J'entrais de plein pied dans l'adolescence.
J'allais avoir 15 ans quelques jours plus tard,
le 17 septembre 1952

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